Après deux ans et demi de tensions entre élus locaux et assureurs, le climat s’est apaisé lors du 107e Congrès des maires. La création de la cellule gouvernementale Collectiv’Assur, pilotée par le médiateur Arnaud Chneiweiss, a permis d’objectiver la situation : 85 saisines en six mois, dont 19 communes totalement sans assurance. Cependant, aucun retour à la situation d’avant-crise n’est envisagé. Les maires doivent accepter des franchises plus élevées et des tarifs « réalistes », car les risques continuent de croître.
Un marché profondément déstabilisé
Les violences urbaines de 2023 ont coûté 800 millions € en métropole et 1 milliard € en Nouvelle-Calédonie, s’ajoutant à la hausse des sinistres climatiques et des cyberattaques. Le marché était déjà fragilisé par des cotisations artificiellement basses : « On vivait dans une bulle assurantielle », résume Alain Chrétien (AMF). Cette bulle a éclaté, entraînant une hausse des primes, des exclusions géographiques et des délais d’indemnisation prolongés.
Nouveaux risques difficilement assurables
Le transfert précipité de 168 ouvrages domaniaux (700 km de digues) aux EPCI dans le cadre de la compétence Gemapi a créé une situation critique : ces infrastructures dégradées sont presque impossibles à assurer. Un rapport sénatorial confirme que les collectivités sont exposées à des risques financiers majeurs, avec des contrats très coûteux et des franchises importantes.
Tendances inquiétantes du marché
Selon la CNSCRA, la part des lots d’assurance sans attribution dans les appels d’offres publics est passée de 13,2 % en 2024 à 23,1 % en 2025, avec une forte dégradation en dommages aux biens, responsabilité civile et protection fonctionnelle (22,6 %). Les territoires ultramarins, frappés par les cyclones Chido et Garance, sont particulièrement vulnérables.
Des défis structurels à long terme
Le Groupe SCET estime que jusqu’à 5 100 collectivités cumulent forte exposition climatique et fragilité budgétaire. Le dispositif actuel ne traite que les symptômes. Une réponse durable est nécessaire, combinant prévention, régulation et solidarité pour garantir la soutenabilité du système d’assurance.
Nouveaux fronts à anticiper
Trois enjeux majeurs d’assurabilité se profilent : centres de tri, installations photovoltaïques et digues. Malgré l’accalmie, les collectivités territoriales restent confrontées à des risques croissants et à une complexité assurantielle sans précédent.